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Accueil du site > Thèmes de recherche > Biodiversité, services écosystémiques et ressources naturelles > Biodiversité, services écosystémiques et ressources naturelles

Biodiversité, services écosystémiques et ressources naturelles

La réflexion prospective de cet axe peut se comprendre comme le produit d’un contexte social et intellectuel. Le contexte social est celui d’une perception citoyenne toujours plus aigüe des problèmes environnementaux : changements climatiques, pollutions diverses, pertes de biodiversité, anticipation de difficultés pour l’accès à la ressource en eau, risques écologiques majeurs et perturbations des services écosystémiques, gestion des déchets nucléaires… Le contexte intellectuel est celui d’une communauté scientifique qui renouvèle ses cadres de pensée : (i) pour mieux comprendre et prédire les phénomènes comportementaux, en particulier au moyen d’un rapprochement avec les notions et les méthodes de la psychologie, très importants dans l’analyse des choix relevant des relations Homme-Nature ; (ii) pour sophistiquer son volet normatif. Longtemps préoccupée surtout par l’objectif d’efficacité, l’économie intègre de façon croissante et explicite les questions de justice et d’équité dans ses objets d’étude.

Ces éléments de contexte fournissent la trame d’un projet de recherche interdisciplinaire, dans lequel sont invitées la psychologie, la philosophie morale et, naturellement, l’écologie.

Les problèmes environnementaux présentent le plus souvent une structure spatiale encore mal comprise et peu prise en compte par les économistes, tant lorsqu’il s’agit de décrire et expliquer les phénomènes à l’interface entre la nature et la société, que pour l’étude de diverses formes de régulation.

- Sur ce dernier point, l’objectif d’efficacité cher aux économistes ne se caractérise pas seulement par des niveaux inappropriés - par exemple d’efforts, d’investissements dans des technologies propres ou de prévention des risques - mais se manifeste également par une mauvaise structure spatiale des activités socioéconomiques. A nombre d’hectares protégés donnés, vaut-il mieux que ceux-ci soient contigus ? Fragmentés ? Existe-t-il des corridors ou des réseaux d’habitats pour des espèces particulièrement importantes dans la fourniture de services écosystémiques clés ? Une structure spatiale des incitations plus respectueuse de la nature peut accroître le bien-être social, même si les niveaux d’efforts sont inchangés. Clairement, cette « spatialisation » des problèmes est également synonyme d’inégalités écologiques, entre individus comme entre générations, au regard des avantages qu’ils peuvent attendre de la nature comme des coûts qu’ils sont appelés à supporter dans toute mesure corrective. L’enjeu ici est de se donner les moyens de penser les « injustices environnementales ». Ces dernières sont à l’origine de diverses formes d’opposition aux instruments monétaires de régulation, ou des points de blocage pour une solution négociée, dont les ressorts psychologiques doivent être mieux compris.

Les projets en cours au LAMETA sont des déclinaisons de ce canevas général en plusieurs sous-domaines : l’évaluation des services écosystémiques, la construction d’indice de services écosystémiques, la protection de la biodiversité et des ressources en eau vue comme un problème d’externalités spatialisées, le changement climatique et l’équité entre les générations, la gestion des ressources naturelles avec prise en compte d’effets de seuils et d’irréversibilités, la gestion et le partage équitable de la ressource en eau, le rôle des écolabels, l’analyse économique des dispositifs agro-environnementaux, la lutte contre la déforestation.

- A titre illustratif, on peut donner plus de détails sur le dernier sous-domaine. Les forêts sont le principal puits terrestre du CO2. La nécessité de trouver un accord global pour limiter la déforestation a abouti à la REDD, un instrument qui propose de payer les pays en développement pour le CO2 non émis via la déforestation et la dégradation évitées. En pratique, le calcul précis des paiements se heurte à des difficultés qui interrogent à la fois l’écologie et la justice environnementale. Toutes les forêts ne présentent pas les mêmes performances pour stocker le carbone. Des connaissances écologiques plus fines permettraient de mieux calculer le profil d’efficacité spatialisé des unités de réduction de la déforestation et d’en tenir compte dans la détermination des paiements compensatoires. Par ailleurs, certains pays font valoir que le mode de calculs des compensations doit récompenser aussi les efforts consentis avant l’apparition du mécanisme. La difficulté conceptuelle est de définir et mesurer le mérite environnemental et de vérifier sa compatibilité avec d’autres principes de justice que l’on peut souhaiter utiliser dans le calibrage des transferts financiers.

- Un autre exemple concerne le design de contrats agro-environnementaux (pour la protection de l’eau et de la biodiversité) innovants, permettant d’améliorer le bilan coût-efficacité environnementale de l’intervention publique en s’appuyant à la fois sur un meilleur ciblage des actions et sur les biais comportementaux des agriculteurs : il s’agit d’analyser et de comparer différents mécanismes incitatifs pour la réduction des pollutions diffuses d’origine agricole dans les bassins d’alimentation de captage : comment mobiliser des enchères agro-environnementales pour surmonter les asymétries d’informations entre agriculteurs et régulateur ? Comment des contrats collectifs peuvent-il faire évoluer la norme sociale locale et donc les références de comportement ? Ce projet, financé par le Ministère de l’environnement et des partenaires de la coopération agricole, nécessite de se donner des mesures spatialisées de l’impact environnemental des pratiques des agriculteurs et de simuler leur comportement face à des incitations monétaires et non monétaires.

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