Partenaires

CNRS INRA
SupAgro UM


Rechercher

Sur ce site

Sur le Web du CNRS


Accueil du site > Thèmes de recherche > Risques, préférences et comportements > Risques, préférences et comportements

Risques, préférences et comportements

Les recherches menées dans cet axe partent d’un double postulat. D’une part, il est admis que le monde dans lequel interagissent les agents économiques est complexe, en perpétuel mouvement et caractérisé, substantiellement, par le risque et l’incertitude. D’autre part, il est considéré que les comportements de l’agent économique ne sont pas uniquement le fruit d’un calcul rationnel et optimisateur, mais qu’ils sont dépendants du contexte - social, culturel, économique, financier, environnemental, etc. - dans lequel il évolue et que, afin de traiter l’information dont il dispose, l’agent applique des processus simplifiés de raisonnement. L’objectif des travaux de cet axe est donc d’élaborer une grille de lecture, à la fois des préférences et comportements des agents mais aussi de l’univers qui les entoure, afin de pourvoir les agents eux-mêmes mais également les décideurs publics d’outils efficaces de prise de décision.

Les méthodes d’investigation ont pour trait commun de placer au cœur de l’analyse l’observation empirique. Pour comprendre, à l’échelle microéconomique, les déterminants de la prise de décision des individus, l’économie expérimentale est privilégiée. Pour analyser les mécanismes qui régissent la fixation des prix et les volumes échangés sur les marchés, les recherches font ici appel à l’économétrie. La principale ambition est de promouvoir les échanges et projets communs, faisant appel aux compétences complémentaires des expérimentalistes et des économètres. Bien que les recherches de cet axe soient essentiellement empiriques, des travaux théoriques sont également menés. L’objectif est d’une part de proposer de nouveaux modèles pour représenter les préférences de l’agent économique, en prenant en considération des observations expérimentales robustes (mauvaise perception des probabilités, biais cognitifs, altruisme conditionnel, etc.). Ces travaux relèvent du champ de l’économie comportementale. L’objectif est d’autre part de développer de nouveaux outils d’évaluation du risque eu égard aux récentes crises, notamment financières, qui ont récemment affectées les économies occidentales. Afin il est prévu d’introduire et d’analyser des mécanismes de régulation dans un cadre d’intervention publique.

Une première série de travaux portent sur le caractère contextuel et interdépendant des préférences, dès lors que les agents sont en interaction. Sans être exhaustif, nous retrouvons ici des études sur :

- les comportements dits antisociaux et leurs effets sur l’efficacité collective. Ici nous nous intéressons en particulier aux comportements de malveillance ou de sabotage par l’agent économique, visant à réduire le bien-être d’autrui dès lors qu’il est dans une position plus favorable que ce dernier. Ce type de comportement est l’expression de sentiments d’envie ou de privation, comme identifiés dans les littératures voisines de la sociologie et de la psychologie. Nous analysons également les comportements de mensonge, en particulier dans un contexte de marché du travail ou les rémunérations de l’agent et du superviseur dépendent d’un compte-rendu de l’activité de chacun, qui n’est que partiellement vérifiable.

- les comportements de fraude fiscale et les mécanismes de détection qui y sont associés. La fraude fiscale peut être appréhendée sous deux angles. Tout d’abord, il s’agit d’une action contraire à l’intérêt commun, et donc contraire aux principes de la morale. De façon plus pragmatique, elle peut être perçue comme le choix d’une loterie risquée (avec probabilité de contrôle), dans le but d’accroître les gains propres. L’objectif est d’en comprendre les motivations, et de trouver les mécanismes de régulation adéquats.

- les règles de partage d’un risque via des principes de solidarité, de mutualisation ou de rationnement. Les mutations environnementales et climatiques auxquelles nous sommes confrontées se traduisent par un accroissement important de risques, que les membres d’une société doivent affronter collectivement. Nous nous intéressons en particulier au phénomène de submersion marine, qui nécessite une solidarité envers les personnes les plus exposées, tout comme une mutualisation via des mécanismes assurantiels. Dans le cas de ressources limitées, notamment l’eau, nous étudions les conditions de mise en place de principes de rationnement, avec pour priorité de délimiter les contours de l’acceptabilité sociale.
- l’impact de l’environnement naturel sur l’exposition et l’aversion au risque. Ici nous nous focalisons essentiellement sur les risques volcaniques. L’idée est de comprendre pourquoi des populations entières décident de s’installer, ou de rester, dans des zones classées très dangereuses en termes d’activité volcanique. La question est de savoir si ces personnes ont un profil particulier du point de vue des préférences et du comportement, et de voir s’il existe un phénomène de rétroaction de l’environnement sur les préférences à travers l’adaptation, voire le fatalisme.

Une autre série de travaux postule l’existence d’une structure propre aux séries de prix de marché, et cherche à identifier les processus aléatoires sous-jacents. La finalité de ces travaux est de circonscrire le plus finement possible, dans une approche économétrique, la dimension risque ou volatilité caractérisant ces processus. Les domaines d’application sont les marchés financiers (séries de cours boursiers), les marchés des matières premières agricoles et énergétiques (gaz, pétrole) ou encore le marché du carbone. Nous pouvons citer les actions suivantes :
- D’un point de vue méthodologique, l’accent est mis sur l’analyse économétrique des séries chronologiques (i) univariées via la recherche de racines unitaires, de non linéarité (processus ARCH, GARCH...) ou de phénomène de mémoire longue (ARFIMA...) et (ii) multi-variées, avec en particulier l’étude des modèles de type Vector AutoRegressive (VAR) et des modèles à correction d’erreur. Ces différents outils servent d’éléments de base pour une majorité des études d’économétrie appliquée de cet axe.
- Un projet porte sur la construction de portefeuilles optimaux et de décision d’investissement en univers risqué, sur la base de nouvelles mesures de risque et de mesures de performance ajustées à ces risques. Plus précisément, nous avons ici recours à la notion d’incertitude Knightienne, via l’utilisation des mesures de capacités à la Choquet ainsi qu’aux mesures de risques floues, basées sur le calcul flou et/ou la statistique bayesienne. Des applications sont ici envisagées sur des données financières, énergétiques ou agricoles. Pour la gestion des risques extrêmes caractérisant certains actifs, nous avons ici recours aux processus stochastiques à sauts (Processus de Lévy) avec volatilité saisonnière et retour à la moyenne.
- Pour une meilleure agrégation des risques dépendants et pour une meilleure compréhension de la contagion entre les marchés financiers internationaux, des modèles multivariés de volatilité dynamique ou stochastique sont analysés, prenant en considération des phénomènes comme l’excès de kurtosis, de leptokurticité, mais aussi de changements de régimes, de mémoire longue, ou de processus chaotique. Nous faisons en particulier appel aux méthodes suivantes : les copules, les modèles VAR, la cointégration ou encore les processus dits de Wishart.

Enfin un ensemble de travaux cherche à appréhender d’un point de vue théorique la prise de décision individuelle en univers risqué et incertain. D’une part, de nouvelles mesures des risques financiers comme alternative aux modèles standards sont étudiées. D’autre part, des modèles de représentation des préférences sont proposés, axés principalement sur les notions relativement nouvelles de prudence, tempérance ou d’aversion à l’ambiguïté. Nous pouvons citer en particulier :
- Dans un contexte de choix de mode de transport (véhicule personnel, train, … etc.) et de choix d’horaire de départ, une première série de travaux théoriques cherchent à comprendre les déterminants du comportement de l’agent économique. Le temps de transport est ici défini comme une variable aléatoire, qui dépend du mode choisi mais également de l’état de congestion du trafic, lui-même dépendant de l’heure de départ choisie. L’accent est mis sur la fiabilité du temps de parcours et sur les préférences de l’agent face à ce dernier. Dans un cadre d’utilité espérée, cette approche fait appel aux notions de prudence et tempérance en théorie du risque.

- Les théories modernes de représentation des préférences en univers risqué ont pour ambition de proposer des modèles basés sur des hypothèses minimales de comportements, en partant du postulat que la seule information disponible provient des choix observables de l’agent entre différentes loteries risqués. En considérant que les préférences sont une relation de préordre complet et continu, nous essayons de dissocier au mieux, axiomatiquement, le goût pour la richesse et l’aversion au risque. Les principales notions utilisées sont celles de probabilités neutres au risque et de mesure divergence, cette dernière provenant de la géométrie de l’information telle qu’étudiée en informatique.

- Enfin, des recherches visent à généraliser l’approche par Value-at-Risk (VaR) pour mesurer les risques financiers, qui est généralement appréhendée dans un cadre statique. L’objectif est d’estimer l’espérance conditionnelle et la variance par un processus dynamique et/ou stochastique, non-linéaire, en prenant en considération les phénomènes de saisonnalité et de changement de régime. Pour cela, on mobilisera les ondelettes, les fonctions radiales des bases, ainsi que les réseaux neuronaux et le calcul flou. Pour mesurer la robustesse de certains modèles VaR et TVaR, nous avons ici recours au filtre de Kalman.

[Modifier l'Article]